Samedi 2 juillet 2011
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12:40
Publié dans : Collectif
Si Maud avait lâché prise…
Sa vie se résumait à son ballot et à sa sottise.
Elle aurait pu se réfugier chez un collectionneur de boutons de chemises portées par des célébrités du monde entier, se cacher dans le dédale de planches numérotées et annotées ou quitter le monde pour habiter le grenier de ses grands-parents – ce
qui la ramenait au temps où elle adorait l’aïeule aux yeux comme des brandons de
discorde, des calices où se lavaient l’inimitié quotidienne et les ceintures de chasteté.
Cette pute qui se prenait pour une vierge, elle venait d’où ?
J’aurais pu repartir à l’hôtel mais je suis resté.
Sur le pas de la porte, je me tenais tel un mannequin de cire, la vie des autres passait devant mon regard.
Samedi 2 juillet 2011
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10:11
Publié dans : Sandrine Elichalt
Les pétales ont dérivé à l’ombre des ormes, dociles. L’enfant non plus ne s’est pas longtemps débattu. Cet être que je n’ai
pas connu et qui m’accompagne, dans la beauté des êtres perdus.
Les fleurs sont abîmées à présent, la bruyere pimpante le jour de ton inhumation est toute rabougrie. L’été a passé,
simplement. Il faudra trouver quelqu’un pour nettoyer la tombe.
Je me souviens de notre cerisier gorgé de sucre noir, ses bons gros fruits que tu m’accrochais aux oreilles. L’arbre
parasol qui veillait sur nos retrouvailles ensoleillées a laissé la place à un moignon carbonisé.
Le trou dans l’écorce ouvrait le plus bel âge de l’amour ; les émois du corps versé dans la fraîcheur et l’humidité
secrètes nous seraient-ils dérobés en même temps que la sève ?
Au dos de l’arbre, empreinte vertigineuse du printemps, le bruissement des feuilles et des bouquets roses
descendaient en rigoles verticales dans mes membres tendus.
Je me souviens d’un basculement, des jambes entre mes jambes, vertèbres contre racines, ton désespoir venu se frotter à mes
sens embrumés, nos parties vives muées en spirales ascendantes.
Réécriture des " arbres se défont à l'intérieur d'une sphère de brouillard" de Francis Ponge Le Parti pris des choses (1942)
Dans le brouillard qui entoure les arbres, les feuilles leur sont dérobées ; qui déjà, décontenancées par une
lente oxydation, et mortifiées par le retrait de la sève au profit des fleurs et fruits, depuis les grosses chaleurs d’août tenaient moins à eux
Dans l’écorce des rigoles verticales se creusent par où l’humidité jusqu’au sol est conduite à se désintéresser des
parties vives du tronc
Les fleurs sont dispersées, les fruits sont déposés. Depuis le plus jeune âge, la résignation de leurs qualités vives
et de parties de leur corps est devenue pour les arbres un exercice familier.
Samedi 2 juillet 2011
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Publié dans : Sandrine Elichalt
Rhabdomancie des nénuphars
Qui suggère bientôt frémie d’un seul coupe-circuit d’ombres
Juste la tendance à rassir l’ouie de mortes- eaux
De faire palpiter la terreur.
Aux marcottes des torts
Des filoselles du critérium aux temps pliés
Pétries qui floutent et falotes qui soustraient
Pour faner la parthénogenèse de l’eau sensibilisent la lunaire
Des cicatrices de soleil des auteurs lithinifères
Et quand les bakhélites deviennent involutées
Elles vont douter dans la gueuserie des lippes.
Réécriture de " Révolte de la neige" de Paul Éluard Capitale de la douleur
Vendredi 10 juin 2011
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17:25
Publié dans : Sandrine Elichalt
Je suis un paysage mental
une lande piquée d’ajoncs et au bout il y a la mer bleue.
Je suis Rome parfois
mes ruines sont exaltées
ma pulsion dans le Tibre entravée, lourdeur boueuse sous le pont Sant’ Angelo.
Ville résistante, ville ouverte
je suis un labyrinthe- à parcourir en tout sens
je suis le cadre - pour retenir les chemins qui égarent
mais aucune ligne à suivre mais aucun cadre à garder finalement.
Je suis fragment, je suis collage
Serments et badinage
Bribes de sincérité arrachées au temps
butoir de mots entêtants et d’images
froissées, découpées, recomposées puis disparues de nos murs blancs.
Je suis Berlin à Rome et Rome à Berlin
Je suis Unica je suis Monica je suis Léa
Je souffle au cœur de l’homme jasmin dans le désert rouge
Je fais des anagrammes, analepses anaphores etc
Je vagabonde à la frontière- exaltation/ dépression
Je me fatigue, m’épuise et ne trouve repos que dans les trains de nuit.
Vendredi 10 juin 2011
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17:00
Publié dans : Sandrine Elichalt
Ce qui me dépayse, ce n’est pas moi ailleurs mais un « moi » projeté
Ce qui me dépayse, c’est le monde de l’autre quand je suis sur le seuil, quand je suis à l’orée
Ce qui me dépayse me fait peur, me paralyse, c’est l’autre désirable, c’est moi désirée
Comme si l’inconnu
Comme quand l’imprévu
Comme si le regard était effraction, le désir soumission.
Ce qui me dépayse, ce n’est pas la lumière, c’est l’obscurité, ce n’est pas les contours, c’est la densité
Ce qui me dépayse franchit le périmètre, menace l’édifice
Ce qui me dépayse m’éloigne de tout ce qui me tient
Comme si l’inconnu
Comme quand l’imprévu
Comme si le voyage était abandon, le paysage illusion
Ce qui me dépayse me ravit-