Samedi 18 juin 2005 6 18 /06 /Juin /2005 10:37

Publié dans : Collectif

Prix choc – main – tendue. Saignée. Au milieu.

Des gadgets. Le fond. Le fond.

Ils roulent les chariots – Talons, hanches – Roulement.

Tellement tendu.

La jambe en arc sur la ligne rompue, soudain.

Tellement…

Talon. Roulement. Les tambours les trompettes – Ça roule pas pour moi, ça peut pas rouler.

Pas la fête   Pas la fête.

Canettes – cadavres. A Popaul. Ils portent le toast. Roulement. Il disent qu’il sera exquis le prochain.

Moulins tibétains        prières à Corto

Ils disent n’importe quoi.

Prix choc – main – tendue. Saignée. Au milieu.

Esquisse : le cul de la dame en bleu/les grappes de tomates.

Ils roulent les chariots. Tellement tendu. Le sexe levé aussi – Les boites de whiskas – Comme   un drapeau. Etoilé. Brandi. Voilà-voilà. Je t’ai applaudi – Putain, je t’ai applaudi.

Là-bas, coincé. Elle. Pas coincée du tout. Le coussin – cambré sur elle.

Des gadgets. Le fond. Le fond. Pour te faire plaisir. T’avais qu’à pas, t’avais qu’à pas ! Comme si ça suffisait pas…la valoche à Venise – Mes valoches – à trimbaler des kilomètres d’acier –tours de passe-passe – triomphes à la glisse – Voilà, voilà.

L’est content l’animal – Début. Fin. Moi-même.

Ça commence où quand t’es levé sur moi – construit – sous contrainte ?

Samedi 28 mai 2005 6 28 /05 /Mai /2005 17:23

Publié dans : Collectif

Sur le pont qui jouxtait l’usine Levasseur

A midi, quand le soleil écrase le moindre lézard sur son rocher

Manfred Wilson

Accueillit la jeune femme

Avec sa manie d’anticiper les événements, de sentir quel moment serait le bon – il le voyait dans ses yeux – l’autre ne demanderait que çà

             La trouille au ventre.
Samedi 28 mai 2005 6 28 /05 /Mai /2005 16:55

Publié dans : Isabelle Vincent
 « Le long des quais - déjà deux ans depuis qu’il avait croisé la fille - Martin, le boucher, suit Mademoiselle De La Tuile.

-              Une corde. Parce qu’après tout, c’était la vie. Ça s’arrêtait un jour. C’est tout. Y avait rien à dire à ça. »

Pour Martin, l’univers se résume à peu de choses. Deux mètres de paillasse à récurer chaque soir au jet. La visite avec le fournisseur deux fois par semaine - une viande de première qualité qui avait assis sa réputation dans le quartier. Et une collection de lames, scies, hachoirs, tranchoirs, royalement hérités d’un grand-oncle boucher dans l’armée puis tardivement reconverti dans les antiquités, plus particulièrement les ex-voto de la première guerre. Martin se suffisait de ça et ça suffisait à Martin. Ça et un goût prononcé pour les Maximes de La Rochefoucauld.

« Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs ». Ce matin là, pourtant, le destin va lui prouver le contraire.

  Un premier roman incisif autant que décisif, dans un style décapé et une langue qui bouffonne aux entournures. Martin nous coupe en tranches et Martha Chelon, l’auteur, nous invite au festin. C’est le ventre même du désir humain et de ses limites qui est disséqué ici  au terme d’une enquête aussi étrange que passionnante.

    Martha Chelon, un auteur à suivre !

 

 

Samedi 28 mai 2005 6 28 /05 /Mai /2005 16:52

Publié dans : Collectif


    Alicia Sanchez  n’avait pas décidé de changer les choses parce que sa vie ne la satisfaisait plus, mais plutôt parce qu’elle n’aurait pu vivre un jour de plus de cette vie-là.
La veille, elle s’était couchée dans un lit de fortune et passées les politesses d’usage, ses  pensées l’avaient immanquablement  entraînée dans des cheminements scabreux, des fantasmes d’actes purs et violents. La voix de l’animateur radio la sortit d’un mauvais sommeil. Elle appuya sur sleep  d’un geste brusque et se retourna violemment, sans répondre aux murmures de protestation qui lui arrivaient de l’autre côté du lit.
Quelques  cafés plus tard, une fois qu’elle eut parcouru et trié les petites annonces de tous les canards mis à sa disposition, elle entra dans les locaux de la société de presse dans laquelle elle sévissait en tant que journaliste- people, arborant un air anormalement dégagé pour quelqu’un qui avait deux heures de retard. Ses cheveux qu’elle lissait d’habitude, ondoyaient  librement sur la soie rouge de sa tunique et elle avait sacrifié son éternel jean pour une longue jupe noire à froufrous qui tournoyait autour de ses bottes pointues. Elle lança un bonjour clair dans la salle de rédaction mais personne ne leva la tête.  (Sandrine)

    Elle choisit de s’asseoir auprès d’Antoine. Celui-là, depuis qu’un soir, ils s’étaient retrouvés bourrés, dans les bras l’un de l’autre, ne l’envisageait plus que d’un œil amusé, voire à son sens, salace. Cette fois, il ne semblait pas réagir à sa présence autrement que si elle avait été absente. (  T’es un joueur Antoine. Je te promets alors qu’on va bien s’amuser. )
La réunion prit fin. Elle suivit du regard Antoine qui se dirigeait vers les toilettes. Et lui emboîta le pas. Ses pensées s’entremêlaient. Elle se demanda si elle avait envie de lui parler, l’embrasser sans mots, peut-être même faire l’amour. Ou bien alors. Le tuer.
Au moment de franchir la porte, Antoine se retourna. Elle prit un air surpris :
_ Antoine ?! Ça va ?
C’est après coup qu’elle avait compris ce qui l’avait gênée dans ce sourire. Antoine, tout simplement, ne l’avait pas reconnue.   (Florence)
  
    Décontenancée, elle avait cependant adopté une mine conquérante.
Vite, au plus vite, le photographier, pixels, palette, abscisses, ordonnées, vite fourrager dans sa mémoire dupée. Qu’Antoine ne l’eut pas reconnue, ou qu’elle n’eut pas reconnu Antoine. A bien y repenser, certes elle l’avait baisé mais de là à l’observer. Caricature, il lui procurait cette sensation fugace du pastiche. La violence qui la houspillait depuis ces dernières semaines, précipita son départ.  (Catherine)

    Pas une seconde de plus de cette vie-là. Elle ouvrirait un fichier. C’est tout. Un fichier protégé. Quartier de haute sécurité. Sa planque à elle. Sans maton. Juste l’œilleton. Elle et elle. Bonjour, elle. Bien dormi ? Tout sauf encore cette vie-là. (Isabelle)
   
    Et c’est ainsi que naquit en elle une drôle d’idée. Une idée qu’elle ressentit physiquement. Elle s’approcha du miroir. S’examina longuement et s’adressa un sourire de complicité amusée. ( Antoine…Antoine…Je vais t’étonner, tu vas voir…ou plutôt, elle va t’étonner et tu n’en réchappera pas.) Elle ouvrit alors son fichier protégé au nom de « ma éga » ( Ce serait le féminin de « mon égo » et puis ça commence comme égalité, et ça, personne ne le trouvera.)
Le lendemain elle se porta malade et parcourut les magasins de fringues. La métamorphose était enclenchée.  (Claudine) 
   
Samedi 28 mai 2005 6 28 /05 /Mai /2005 10:47

Publié dans : Collectif

Celui par lequel tout a commencé.

Elle pensait ça. Celui par lequel tout a commencé. En marchant. Son pas irrégulier. Sans moyen de revenir en arrière.

Pas maintenant.

Celui par lequel tout a commencé.

Sicca.

 

Barèges. 2 340 mètres d’altitude.

L’idée avait germé là, dans l’esprit enténébré de Sicca, lorsqu’il avait planté son piolet d’un coup sec, dans une faille superficielle de la roche. Elle avait tremblé sous le choc. Sicca l’avait senti dans son bras, des ondes électriques de faible intensité.

Et puis, il y avait repensé en contournant le crêt. Il y avait repensé en ramassant ses mousquetons avant d’amorcer sa descente vers la vallée.

L’idée s’était nourrie de sa marche comme une goule.

Il avait longé le lit d’un torrent plus impétueux que les autres. Ce lit que les eaux emprunteraient indifféremment au cours des ans sans jamais trahir la source.

C’était ça l’idéal. Le mode à emprunter. La voie royale.

Sûr qu’Elena l’attendait depuis des heures, en bas. Elle l’attendrait toujours. Sicca désapprouvait mais le fait est qu’elle l’attendrait.

Il y voyait là une raison supplémentaire. Une sorte de facteur décisif qui justifiait qu’il mît son plan à exécution.

Les ombres s’appropriaient déjà les sommets. En toute logique, il était 20 heures.

Elle commanderait sans doute un Baccardi. A moins qu’ils n’aient pas ça dans la région. C’était plus que probable. Elena serait contrariée, sans plus.

Un busard plongea soudain du haut de l’aiguille. Il disparut un instant pour réapparaître, un rongeur informe dans les griffes, avant de s’évanouir en piqué de l’autre côté de la montagne.

Sicca retint son souffle.

C’était un rapt violent. Un rapt silencieux. Ce vol avait une dimension tragique. Une logique intime à laquelle Sicca s’identifia l’espace d’un instant.

Il jetait son bâton. Il était concentré, efficace.

Puis, au détour d’un chemin, il eut une vision d’eux, avant.

Eux. Emma et Sicca. Ils se tenaient enlacés. Ils étaient beaux et pleins de vie. Ils étaient grands et forts. Ils étaient parfaits. Emma.

Il refoula une vague envie de pleurer. Plutôt un picotement derrière les paupières.

L’air était vif là-haut et avant d’atteindre la vallée, il fallait traverser un couloir venteux de deux bons kilomètres. Emma serait toujours Emma. Et Sicca y était condamné.

Il remonta le col de son blouson et poursuivit sa marche, absorbé et heureux.

 

C’est ainsi.

L’histoire ne se fait pas nécessairement ici, là et maintenant. Il y a aussi ce que les scientifiques appellent l’effet papillon.

L’effet papillon. Ou comment la légèreté peut engendrer l’horreur et l’innocence, la désolation.

L’incidence d’un battement d’aile sur la joue d’un enfant.

En l’occurrence des choses aussi terribles que des raz-de-marée, des ouragans, des paniques boursières ou des coups de foudre.

L’affreuse mesure des liens de causalité. Les ondes de choc sur la planète.

Percussions. Répercussions.

L’idée d’associer une aile de papillon et un coup de foudre serait-elle venue à l’idée d’Emma ?

En géologue averti, elle avait plutôt une vision verticale. Les choses se révélaient ainsi de la profondeur à la surface et inversement. C’était son boulot et donc Emma n’avait pas prévu l’effet de souffle.

Elle fut soufflée. De son laboratoire de Talcahuano au Chili, où elle mettait au point les derniers détails de son expédition, elle fut soufflée.

Littéralement soufflée.

De l’expédition, elle ne retiendra presque rien, hormis les nuits écrasantes et l’assaut des moustiques, incessant, strident.

Des prélèvements d’échantillons de roches métamorphiques, elle ne gardera rien. C’était de la merde. Seulement de la merde.

Et beaucoup de sous dépensés pour rien.

Outre son érudition, assez colossale pour une femme aussi jeune, Emma est l’exemple type de ce que la nature peut accomplir quand elle est généreuse.

Seulement Emma était soufflée.

Quand elle revint des forêts profondes, les joues piquées, les bras lacérés, elle envoya valser son barda contre le mur.

Plus tard, elle ne saura expliquer ce qui s’était passé ce jour là, encore moins ce qu’elle avait ressenti, la nuit intense et cruelle qui coulait dans ses veines, qui embrasait son ventre,

les visions irrationnelles qu’elle avait eues. Cet homme qui revenait sans cesse, qui était juste là.

Sicca devait être un papillon de nuit capable de déclencher des orages secs à l’autre bout du monde.

 

4 heures.

Sicca s’était habillé dans la salle de bains pour ne pas la réveiller.

Après, Elena s’était rendormie et le reste de la journée, elle l’avait attendu la plupart du temps.

Ils n’avaient pas fait l’amour la nuit précédente. Sicca était fatigué, un peu nerveux. Il contrôlait son matériel. Il était déjà dans l’escalade et Elena n’en faisait pas partie.

Elle avait choisi une table un peu en retrait. Il y avait une banquette.

Elle sirotait un dry martini. Elle avait d’abord demandé un baccardi mais le patron a baissé les bras, l’air désolé.

Elle était là depuis deux bonnes heures déjà. Elle n’était pas pressée. Elle ne manifestait aucun signe d’impatience. Elle était bien.

Elle attendrait encore plus longtemps s’il le fallait.

Elena était une femme que l’attente n’ennuyait pas.

Une femme occupée dans un pays en paix.

Quand il apparaîtrait, Sicca lèverait les yeux au ciel, signe qu’il regrettait mais…

Elle lui sourirait car Elena n’était pas femme à regretter.

Le lendemain, elle serait seule encore. Etirée vers lui.

Sicca reprendrait le chemin de la crète.

Elle vivrait ces heures avec bonheur. En entier.

 

Ainsi quand Sicca s’abandonnerait à elle, elle serait là, prête à le recevoir, encore et encore.

 

La porte du café s’ouvrait et il était là, les épaules un peu voûtées par l’effort et le froid.

Elle fut cette femme qu’il pouvait aimer.

Elle fut cette femme qui déposait l’odeur de ses mains sur sa peau. Une odeur d’amour.

Elle attendait Sicca et elle ne disait rien. Son sourire était bienveillant.

 

Sicca baissa les yeux.

Il voulait parler du busard, du vent là-haut.

De cet amour terrifiant.

Comment il était avant.

Il fallait juste qu’Emma revienne.

 

Il commanda un demi. Lui demanda comment s’était passée sa journée.

 

La peau d’Emma quand elle relevait ses cheveux.

 

Elena prit un crayon et d’un geste rapide, elle entortillait ses cheveux, elle se faisait un chignon.

 

Oui ça, il n’avait pas oublié. Il n’avait pas non plus oublié le sang collé dans les cheveux, la poisse gluante qui sortait de son nez.

 

 Elena le regardait. Elena ronronnait.

Une trame invisible la retenait.

Un filet de sécurité ténu que Sicca avait jeté mais qu’il pouvait retirer.

Si bon lui semblait.

Les choses prenaient tournure.

Lentement mais sûrement.

Patient, persévérant, ça oui, il l’avait été ! Il tremblait moins de perdre. De la perdre.

Il l’avait pressée contre lui. Il l’avait perdue. De toute façon, il l’avait perdue.

 

Il la pressa contre lui.

C’était au détour d’un sentier. Un aubépinier.

Il la baise contre un barbelé. Dans les ronces.

Elle saigne mais ce n’est rien comparé à l’absence de sa douleur à lui.

 

Elena le regardait. Elena ronronnait.

Elle pouvait attendre.

Et aussi, les marques, les étoiles rouges et blanches sur la peau.

Être cette femme.

Se réjouir d’être cette femme.

Elle aperçut une silhouette, un anorak foncé, un insigne.

Celui par lequel tout a commencé.

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mai 2012

Les Ateliers de traverse

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