Lundi 5 mars 2012 1 05 /03 /Mars /2012 11:04

Publié dans : Catherine Robert

C’était à quelque chose comme l’évidence, ou l’imposture, qu’il fallait peut-être aussi songer.

J’ai regardé croître les pierres.

Le lecteur, Pascal Quignard, 1976

 

 

 

 

J’ai traversé les Pays de Loire et la Normandie. La concentration mentale due à l’intensité de la circulation et aux intempéries m’a empêchée de porter le regard ailleurs que devant moi.

 

Ce que j’aurais pu regarder, c’est quitter les veines ardoisières pour les affleurements argilo-calcaires, c’est défiler les pancartes des communes limitrophes au Mans, c’est sommeiller les fermes sarthoises autour desquelles le chien lui-même s’est assoupi, c’est s’exhaler la chaleur odorante des tas de fumier que le calendrier agricole a tacitement conduit les fermiers à déverser de-ci delà, c’est se déformer les herbes basses et hautes qu’aucun bovidé ne broute sur les escarpements d’un talus toujours sous l’emprise du vent glacé, c’est s’engorger d’eau la vallée de l’Huisne, c’est bleuir le ciel contrasté de ses nuées menaçantes, c’est éprouver la terreur de la voiture en panne, c’est regretter que la réalité ne soit jamais à hauteur de mes espérances, c’est froidir mon cœur esseulé, c’est couler mes larmes, c’est voler les phrases échappées de mon âme sans que je soupire à les arrêter.

 

Au lieu de quoi, j’ai songé à Lana – son regard torve et sa bouche inexpressive, aux cavalcades adolescentes angevines, au soleil par le velux quand le voisin tond la pelouse à l’aube, au verre de jus d’orange renversé sur la table ancienne toute faite de planches juxtaposées dont l’espacement grandit avec le temps, aux leçons de Tai Chi Chuan laborieuses, trop rapides et sans que le souffle n’opère, à Lana – son immobilisme tandis qu’elle susurre des mots graves,  à l’oiseau migrateur dont la LPO fournit le nom "Grande Aigrette, Casmerodius albus" entraperçu le temps de sortir de la voiture à la Prée Bocage près de Cantenay- Epinard dans le Maine et Loire, au choix d’un Savenières et puis non finalement d’un Crémant Bouvet-Ladubay dans les allées du Monoprix, à Lana – dans les bras de son homme tatoué tel un guerrier maori, aux œufs mollets glissés sur une soupe faite de cette oseille verte qu’affectionnent les limaces, au tigre de Sumatra affrontant de ses yeux de verre le lynx du Canada dans la cage d’escalier située sous le Cabinet de Gustave Abot, à Ambroise Paré dont je ne sais s’il a pu être le contemporain d’Isabelle de France, à Lana – sur laquelle je me perds en conjectures (sa voix, son paraître, son être), à Marguerite Duras lorsqu’enfouie sous les édredons de la chambre en soupente je déchiffre son Ecrire, à la promenade du bout du monde en compagnie de Christophe Honoré, aux carnets saturés de ratures dans les Cévennes, à Lana – son collet monté sur la pochette de "Born to die", à l’alignement des volumes Death Note sur les planches de la mezzanine, au cénaothe gelé ainsi que le millepertuis et sans doute le camélia, à la liqueur de Guyot et à celle de Ruysch dont on ne peut que conseiller ne pas les boire, aux hoplies bleues qui séjournent désormais sur les lavandes au nord de la Loire, à Lana – sa prestation en  nuisette au Château Marmont, au Tabaquillo dont j'ignore si devant moi se tient une peau éprouvée ou une abstraction de Pollock égaré, aux cent mètres d'Apocalypsendans la pénombre médiévale, à un beau jeune homme gominé derrière la caisse de l’Aire de la Fontaine dite aussi des Haras, à Lana – son bollywoodien et céleste Don’t make me sad, à l’écriture en toute circonstance à l’épreuve de la folie.


 

Jeudi 1 mars 2012 4 01 /03 /Mars /2012 12:43

Publié dans : Catherine Robert

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                 Sculptures de fibres, Simone Pheulpin

 

Les historiens contemporains n’en tiendront sans doute pas compte mais la Saint Valentin cette année avait été bleue, de ce blafard charbonneux des coups dont il l’avait rouée, à terre, sans qu’aucun filtre ne puisse endiguer la violence. Le corps radical d’Alison s’était débattu, cette fois-ci il avait poussé loin le bouchon, trop loin. Renversée sur le verre de la table basse qui se craquelait, maintenue au sol par une paire d’Air  Jordan XI "Space Jam", par la fenêtre elle avait pu entendre la chatte du voisin, qu’elle savait perchée sur le poteau d’angle des deux propriétés, miauler sous les étoiles.


La soirée avait mal commencé, rythmée d’un leitmotiv inquiétant « Il y a du malin en moi. Les femmes ne veulent qu’être belles. Il faut que je m’en débarrasse ! »


Elle le pensait fou, il s’avérait fou. Sans rire !

 

Elle fouille où s’est niché son instinct de survie, regarde une dernière fois son homme méconnu, elle se sait rincée, elle lâche tout. Elle n’a plus très chaud, des crispations envahissent ses phalanges, au-dessus d’elle voltige une station balnéaire, elle hume l’air iodé dont elle n’a déjà plus besoin, elle rétrécit et s’agrandit à nouveau, une nuit poisseuse relie tous les viaducs de sa mémoire, il lui faut retrouver un corps qui marche. Elle invente qu’il l’embrasse. Elle a froid, elle ne pense plus, une certaine agitation se fait autour d’elle, elle repart dans les limbes. D’étranges ressemblances s’imposent à elle, un domino absurde - au bord d’un lac des graines de sésame, l’étagère vermoulue de chez sa mam’, une blague qui circulait chez ses copains adolescents, toutes les filles de Tarantino, les Noëls qu’elle n’a plus fêtés…


Elle n’a jamais prétendu être une femme puissante, elle a manqué de crudité, maintenant elle arrête de pédaler, elle n’a plus besoin de permis ce soir, la mise à l’eau est différée, elle ne va pas échapper au super méchant de son histoire d’amour.


Elle rejoint son héros qui se cachait sous d’épaisses lunettes et des effluves de roses marocaines.


Jeudi 1 mars 2012 4 01 /03 /Mars /2012 09:41

Publié dans : Catherine Robert

bribacte guatemala  

     Sculptures de fibres, Marie Noëlle Fontan

 

 

Sous les palétuviers, Simone écoute non pas le bruit des aiguilles mais celui des outils chirurgicaux qui découpent les fils. Souples, les mains agencent les plaies avec une extrême précaution.
Le roi Asclépias a ordonné que les portes soient fermées. Le dictateur et ses fils entrecroisent leurs chevilles tandis que l’électricité enchâsse à nouveau des membres.
 

 

Dans l’ombre, intactes les cosses et les bourgeons.
 

 

Le roi - J’ai l’impression de n’avoir rien inventé. Autour de moi, les ancêtres sont suspendus au plafond, d’autres au sol cheminent et l’aube point.
La servante - Jeune, tu étais cassant, mon roi ! Vieux, voilà que tu t’effrites. De par les fenêtres s’insinuent les fantômes qui ne hurlent plus. Les bobines de fil se déroulent.
 

 

Dans l’ombre, intactes les cosses et les bourgeons.
 

 

De Bibracte au Guatemala le temps a passé. Les branchages ont rogné ton palais, roi Asclépias qui n’est plus. Ta fidèle Simone a survécu, elle a eu envie de combler les interstices.
Les nervures de chaîne, elle les a raccommodées. Les faînes et les chenilles ont oeuvré. L’Erythrine vrillait l’espace. La lune a délivré les cobalts et les cramoisis.
 

 

De l’ombre s’est déployée une liane de cosses et de bourgeons, une ombre murale chuchotait son écho.


Mercredi 29 février 2012 3 29 /02 /Fév /2012 08:16

Publié dans : Collectif

Peinture effacée

Interlignes de broussailles

Talus – Haine en trop

La chaussure dans la rigole

Peinture renouée – en trop


Lundi 27 février 2012 1 27 /02 /Fév /2012 14:58

Publié dans : Claudine Dozoul

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Le rouleau avait été brisé lors de leur dernière rencontre.

 Les yeux fixés sur la fente du cylindre Monsieur se disait qu’il la haïssait. Qu’il haïssait le volume envahissant des seins de Lola. Qu’il haïssait la fermeté de son assise imposante. Qu’il haïssait ce désir d’elle.

Lola serait la troisième.

 Le regard torve de Monsieur remontait le long de la fente. Fontaine interdite. Fissure conquise par une toison. Il la lui arrachera. Il verra. Il prendra. De toute façon c’était ridicule cette dispute à propos de ce maudit rouleau.

 Sous  l’insulte très primaire le rouge envahit les bords déchiquetés du rouleau. Vexée la  céramique s’est lentement incarnée. Son teint blafard a rosi. Sa rigidité s’est assouplie. Des parois, une douce chaleur s’est dégagée. Et une odeur aussi. La terre s’est mise à se déformer et à enfler. Une cuisse, deux cuisses à califourchon au dessus du vide. Le bout du rouleau, un sexe.

 Atterré Monsieur voit croître la femme. Ce  corps nu, lieu de passages. Lieu d’écritures. Les bras qui se tendent, menacent, implorent. Le visage qui paraît lentement. Monsieur se décide. C’est maintenant. Maintenant qu’il doit en finir. Le glaive de la rédemption raidit dans son pantalon à rayures blanches sur fond noir, il est prêt. Il saisit le rouleau. Non ! La femme. Enfin ! Ce qu’il en est de l’un et de l’autre !

La fin d’un viol. Celui du rouleau. Le bout du rouleau.

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mai 2012

Les Ateliers de traverse

exposent

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Crosville-sur-Scie (76)

 

>> album photo édition 2011

 

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Les Ateliers de traverse déclinent leurs activités dans plusieurs régions:

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