Dimanche 22 juin 2008

publié dans : Collectif

Ateliers  à vocation littéraire, notre but est  de promouvoir la production, l'édition et la diffusion d'écrits et de toute œuvre s'inscrivant dans une dynamique artistique. Création, fabrication et mises en lien, Les ateliers de traverse placent l'écriture au cœur de leur action.

Notre atout, c'est notre implantation géographique. Paris, Les Lilas, Rouen, Caen. Les ateliers de traverse offrent cinq lieux d'accueil, cinq territoires particuliers d'écriture, cinq champs de rayonnement pour la création artistique.

 

A l'origine, Les ateliers de traverse...

Notre premier atelier d'écriture eut lieu en décembre 2004 et l'association fut créée en septembre 2006. A l'origine du projet, une impulsion. Ecrire ensemble, mettre en commun, œuvrer. A l'origine du projet, cinq femmes, cinq sensibilités littéraires, cinq cheminements en Ecriture et en Lecture.

Florence Denat est psychologue. Claudine Dozoul a fait sa carrière comme professeur des Ecoles. Sandrine Elichalt est professeur de Lettres. Catherine Robert enseigne la biologie et la géologie. Isabelle Vincent est consultante et formatrice en communication.

Toutes, nous entretenons un lien fort et une expérience ancienne avec l'écriture, le langage et les processus de création littéraire. A titre personnel ou professionnel, nous avons assisté à des comités de lecture, nous avons participé à des lectures publiques ou à des ateliers d'écriture. Nous en avons organisés, nous en avons animés. Nous avons produit et parfois diffusé des œuvres ou des productions écrites.

 

Les ateliers de traverse et la création littéraire

Les ateliers de traverse travaillent sur le pré-texte 

Ce qui se trame, ce qui se tisse. Ce qui revient sur l'ouvrage. Ce qui se lie et se relie à voix haute. Ce qui heurte sur une coquille. Un cuir d'émotion. Une virgule relative. Ecrire c'est lire, retrancher, rajouter, raturer, réécrire, trier, inventer, lire encore et encore. Ce n'est pas écrire, c'est travailler, c'est pratiquer des écritures.

Les ateliers de traverse travaillent le texte

Les ateliers de traverse explorent ce qui parle en nous. Ce qui parle de soi. Ce qui parle difficilement. Ce qui se tait, ce qui se sous-entend.  Langages, souvenirs, rêves, images, souffles et sons, mouvements, empreintes, matériaux, fragments  qui alimentent le désir d'écriture, qui le contraignent, qui le transcendent. Ecrire c'est s'extirper d'un soi multiple et encombrant, c'est partir à la découverte d'un singulier et résistant. Le texte. Cette expérience aléatoire du monde, ce champ de forces et de tensions.

Les ateliers de traverse travaillent en hypertexte

Les ateliers de traverse s'intéressent à ce qui fait irruption, l'Autre, un auteur, une peinture, un film, une rencontre, la nature, une sculpture, l'histoire de quelqu'un. Pièces intimes qui se mettent en scène, qui s'exposent en lumière, qui s'architecturent en corps de l'atelier. Liens. Hypertexte. Ecrire c'est garder trace. C'est soumettre ses perceptions à la vigilance des instants, c'est s'abandonner, se laisser impressionner, se laisser distancier. Ecrire, c'est faire inventaire, formaliser et transmettre.

 

Les ateliers de traverse : l'éthique d'une démarche

Notre démarche est résolument littéraire et militante

Les ateliers proposent une traversée exploratoire des sources, des genres, des thèmes et des techniques littéraires et artistiques.  Il s'agit de produire de l'écrit, de favoriser l'émergence de l'œuvre, de l'inscrire dans une modernité textuelle, de revendiquer une posture d'écrivain.

Nous concevons l'écriture comme un acte créatif ininterrompu

Que ce soit par mails, à travers les carnets de voyages ou sur le blog, nos échanges se poursuivent entre deux séances d'écriture. Ecriture spontanée, écriture d'imprégnation, prise de notes, premier jet ou réécriture d'un texte produit lors d'une séance, le processus de création n'est plus abandonné, mis de côté. Il est là, tout près, en gestation ou au repos, déjà en mouvement.

Nous offrons un cadre et une guidance propices à la création littéraire

La guidance est  assurée par des animateurs, professionnels de l'écriture, formateurs, enseignants et créateurs, qui définissent  les modalités de l'intervention et animent l'atelier. Cette guidance offre des ressources et un espace de liberté pour accompagner chacun dans son cheminement en écriture.

Nous utilisons la contrainte comme point d'appui créatif

La consigne d'écriture peut être limitée dans le temps, ou étendue, elle peut être individuelle ou collective, de contenant ou de contenu, large ou rétrécie, contournable ou non, elle peut se pratiquer en intérieur ou en extérieur, avec ou sans support,  avant, pendant ou après la séance. C'est l'adhésion à la contrainte, ce jeu de feinte, de détournement et de consentement qui nourrit le processus créatif.

Nous pensons la lecture comme un temps d'écoute généreuse

Le temps de lecture et les retours sur le texte participent  autant à la dynamique de création que le temps d'écriture. Les animateurs sont les garants d'une parole qui circule librement, dépouillée de jugement, sans excès. Points d'impact, traces, sensations du texte lu et recueilli à chaud, nous explorons ensemble nos richesses de lecteur.

Nous entendons donner corps à nos productions

Le texte a vocation à accueillir un Lecteur, à lui donner place. Le texte a vocation à être lu, oralisé, incarné, digéré. Le texte a vocation à être entendu, écouté, touché, imprégné, et parfois disséqué. Le texte a vocation à être saisi, imprimé, édité, mis en acte, posé en sujet, offert comme objet. Le texte a vocation à entrer en résonance. Les ateliers de traverse organisent des lectures publiques pour promouvoir leurs auteurs et leurs productions, mettre en lien des impressions et des expressions.

 

Les ateliers de traverse : une posture, un projet d'écriture

L'acte d'écriture est d'abord une posture. Le corps adopte une position unique et singulière. Il cherche la place pour ses jambes, la bonne chaise, la bonne lumière. Il cherche les meilleurs supports, pour le coude, pour la tête. Il organise rituellement son espace. Un espace de claustration. Un espace en toute clandestinité. L'espace d'écriture. Sa Machine à jouir. Il endosse cependant sa géhenne.

Le corps se limite à quelques points d'appui. Tout juste s'il se souvient de ses fonctions vitales, ça ne respire plus. Verrouillage et Disgrâce. L'écrivant a le dos voûté. Il peine, il barre, il accélère, il transpire, il a froid. L'œil averti noterait les tensions de la nuque, de la mâchoire, des cuisses. Il retiendrait les signes visibles, l'écriture qui soupire, l'écriture d'aise, les rehauts de la pensée, les soubassements, les ressacs, le spasme entre le pouce et l'index, l'instinct de repli, la tentation de toute-puissance.

Ecrire est une histoire de peau. Un texte a une forme, une odeur, une couleur, un son, un goût. Il est un espace clos de traces sensorielles. Il se contient lui-même, il se renvoie à lui-même. Le corps se souvient de l'écriture comme il se souvient de la permanence, il s'en souvient comme de ses premiers mouvements.  Les doigts ont le pouvoir de mémoire, les signes, les traces, les graphes font acte, ils racontent une histoire, une logique du souffle ils revendiquent une limite et une extension, une peau d'écriture.

Ecrire, c'est aussi être dans un lieu. Il faut qu'il fasse chaud. Que la chaise soit relativement confortable. Que le monde extérieur soit abstrait. Que la musique soit juste au bon volume. Que l'œil puisse trouver son point d'ancrage, un poste d'observation, une branche, un morceau de ciel agité. Un coin de résistance active. L'espace peut être plein ou vide. Qu'importe. Les mondes possibles sont ouverts. L'écriture flirte sur la traverse, entre lieux virtuels et points de réalité.

L'écriture brouille les temps. Le passé à écrire et l'écrire à venir. Il faut marquer une frontière, fermer la porte, s'absenter. Ecrire, c'est disposer sa présence, dans un certain ordre, avec une certaine intention.  C'est introduire la nuance, imposer l'amplification, aménager le plat. Revenir ensuite de l'autre côté, la tête pleine de mots. L'écriture travaille encore.

Ecrire, faire des liens. Soi, l'autre. Tentation de Narcisse, fantasme d'immortalité, jeu de dédoublement et de substitution, refus de la perte, passage négocié. Il s'agit bien de traversée. Ecrire, c'est une tentative. C'est un élan avec un coup de pied. C'est effectuer une traversée de l'immédiateté à l'universel.

L'écriture se projette. Elle vient de loin, de tissus cicatriciels, de traces mnésiques, de schèmes de pensée. Puis elle devient jet, mouvement, dynamique, arc de maîtrise. La technique est acquise, l'arrondi du bras, le lever de la flèche préfigurent l'impact sur la cible. Le lecteur est touché, happé, captivé. Calligraphie parfaite. Il peut retenir son souffle. Il peut s'abandonner à respirer.

Le lecteur c'était moi. L'écriture c'était moi. Texte, tissu, coupures, trame, coutures. Ecrire c'est être nu et recouvert, c'est être empli et privé, c'est être clos et en éveil. C'est accepter la traversée.

Samedi 21 juin 2008

publié dans : Collectif

C'était parti d'une bonne intention. Elle y avait mis tout son fiel et dieu sait qu'il en coulait dans ses veines de fille sans père. Parce que des pères, elle en avait eu, et même à la pelle.

Orpheline, c'est ainsi qu'elle se préfère.

Elle haïssait son reflet dégénéré, sa gorge, ses mamelles. Mémé lui titillait les oreilles, en juin, elle lui confectionnait des cerise pendentifs. On avait coupé le cerisier, « il avait la maladie » disait Mémé qui avait toujours détesté cet arbre qui lui faisait de l'ombre. Ça lui avait tellement manqué, ce goût des fruits quand on les cueille à même le soleil qu'elle se précipita sur la barquette de fraises rouge HARIBO à l'étal du CocciMarket du coin. Car fumer rend la mort lente et douloureuse, lui avait souvent répété sa mère.

Samedi 17 mai 2008

publié dans : Collectif
Quand son arbre fleurit, une femme pleure !

Les pétales blancs dévorés de sang - Prévoyez une poche ! un carrelage bleu-vert, la mine jaune et la fille aux escarpins dorés qui tient la main du petit enfant, les tables sont si basses en cet instant, pas faites pour manger, pas faites pour travailler, pas faites pour baiser, c'est l'attente, début et fin. La femme à la blouse blanche a poursuivi le nettoyage, le récurage, sans fard, c'est pas du kick boxing, pieds et mains permis ! Elle a filmé son vestibule mental, frayeur du nouveau-né non emmailloté dans ses draps pisseux,  la fièvre tordant la bouche innocente, hématies raréfiées, arbre mort, souris de par son bout de nez enchaînée, a replongé dans le manque, les yeux rivés à la fenêtre dont les vitres n'avaient pas été frottées depuis le départ, fleurs précoces, fleurs tardives, boutons roses virant à la neige, froid au cœur, son amour entaché. 

Tapisseries - écran. Projections en simultané de leurs vies parallèles. Quand la vie lui sourit, les arbres pleurent. 

To kick : taper - casser sa pipe - s'acharner sur quelqu'un qui a perdu ses moyens. Ruer - reculer - regimber. Tous les coups sont permis. Tous les coups de hasard. Les coups de sort. Lupus. A replongé dans le manque. A fiché en terre ce putain d'amour. Sa robe tachée de sang. Les escarpins dorés comme un animal éviscéré. Un mocassin d'eau et sa langue mortelle qui ne pleure jamais. 

To kick the flowers : pluie de pétales sur les corps dévêtus, lavés par les larmes de cette femme qui frotte et récure murs et sols d'un amour mausolée.

Attraper. Saisir. Instrumentaliser. Détacher = De l'action d'enlever une tache. Des taches. Par extension, se détacher. Prendre la tangente. Prendre de la distance. Bifurquer.


[voir la mise en page]


Samedi 17 mai 2008

publié dans : Collectif
Traverser le pont                les odeurs de fuel, d’essence, votre sueur se mêlant à celle d’un nouveau printemps qu’on s’envoie par courants d’air chaud           des flics traversent votre mirage gélatineux, cherchent votre désir           la cuirasse d’une vieille guimbarde vous chauffe le cul                et quand il apparaît, vous fourrez votre nez dans son cou       et c’est toute la tendresse d’une peau 
le parfum qu’il a choisi :      
vous êtes là -  maintenant 
à goûter ses lèvres    agripper ses cheveux   
vous aviez oublié                  vous aviez envie de :
le mordre
l’incorporer
le manger                           
                                                   pleurer aussi
                                                                    que c’est bon.
Le nouveau printemps a effacé les muscaris et les camélias, le sous-bois au- delà du pont où vous vous engouffrez, trouvez l’antre de dévoration.
La neige autour de la carlingue a disparu et vos os luisent au soleil filtré par les ramures.
Ôtée la cuirasse, les fluides émoussés de désir s’écoulent et les feuilles sont maculées.

Tout ça s’éloigne en fondu
                               parce que là n’est pas tout
                                                           il y a ce reflux de tristesse
cette luxation de l’intérieur           les odeurs de fuel            la pommade périmée depuis 1998, conservée malgré tout dans la boite à gants.
Vous traversez le pont                    mangez la miette collée sur le front de l’homme qui sent bon   
vous désirez aussi           vous ne pleurez plus
                

Samedi 26 janvier 2008

publié dans : Collectif

Qu’est-ce que le désir ?

C’est la roche du volcan après l’orage

Qu’est-ce que la trace fine ?

C’est la mesure de mon ignorance

Qu’est-ce que l’amabilité ?

C’est dériver à quelques mètres de la rive

Qu’est-ce que ta lame à 40° ?

C’est l’infiniment petit

 

Qu’est-ce que le vert dans la lumière ?

C’est un brumisateur à rêves

 Qu’est-ce que l’ogre ?

C’est l’envol de la chauve souris

Qu’est-ce qu’un sillon ?

C’est ton cou déminéralisé, c’est ta lame en basalte

Qu’est-ce que le pliage de conscience ?

C’est le chaos de la banquise   

 

Qu’est-ce que la pureté ?

C’est le désespoir de mes étés

Qu’est-ce que le bon système ?

C’est la parole emblématique

 Qu’est-ce que le Comic  Strips ?

C’est le basalte prélevé de 1170°C

Qu’est-ce qu’un losange ?

C’est le Tiers Monde 

 

Qu’est-ce qu’une boréale ?

C’est mon envie de vivre

Qu’est-ce que l’autre ?

C’est le songe de Paulina en 1880

Qu’est-ce que l’objet de soi ?

C’est la cristallisation du passé

 Qu’est-ce que la dernière goutte ?

C’est la brume qui enveloppe tes larmes                   

 

Qu’est-ce qui fait courir les filles ?

C’est un passage étroit

Qu’est-ce que le romantisme ?

C’est le bout du monde à franges

Qu’est-ce que les paupières ?

C’est le pays des merveilles

Qu’est-ce que mourir d’amour ?

C’est ton corps en myriades

 

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