Samedi 17 mai 2008

publié dans : Catherine Robert

- Je vous offre un  voyage, avait dit l'oncle, avant de trouver refuge au couvent de Fataki, leurs maisons brûlées pendant les combats.

Cela avait été le parcours des enfants, la maison blanche, les arbres aux murs, les grains qui crépitent, les réservoirs qui s'emplissent de l'eau débordée des gouttières, la poussière dans les cheveux, les sacs moisis, le bricolage africain et les lys blancs odorants de Mme Mireille qui leur affichait de grandes gravures rafistolées de velcro aux murs de l'école.

Ils sont arrivés à Ostende. Il a habité un garage au milieu d'un étrange jardin, une cloche au lointain, des marionnettes de plâtre et de peaux, la vanité la plus précieuse qui soit, avait affirmé très sérieusement l'oncle. Il a connu l'endormissement angoissé et les cauchemars, le carillon des songes dévoilait une silhouette à la clope, debout sur la terrasse, à l'horizon les collines du Masisi, la justice est rendue au nom du peuple, prêchait l'homme en uniforme après la prière matinale. Le soleil se perdait dans les vapeurs chaudes et les sons étouffés, à Kahembe, sa mère malaxait ses muscles de la pâte élastique du savon noir et lui déversait l'eau froide avec le récipient en plastique. Certains jours, il ne se souvenait plus du visage marqué de la femme, de l'ombre de la tête et des épaules d'une personne à tout jamais inconnue.

Samedi 26 janvier 2008

publié dans : Catherine Robert

D’après Vivre de Pierre Guyotat

Mon silence sera plus fort que le tien. Mais il faudra se faire aux raccourcis. La mise sur la table est rouge / noire / rouge / noire / rouge / noire, les jetons volent, dentelles et boutons de manchette se tortillent, ah ! Les volutes de fumée, ah ! Le sexe en apoptose, Messieurs, retenez le foutre ! La fille, un sarment de vigne étincelant, allumée, s’écarte, balance, rythme et s’englue dans sa saleté, celle de l’athlète, la sueur de l’athlète, celle du yakusa, le sang du yakusa. Mais tout passe... Et autrefois j’aurais fermé les yeux, les lèvres m’auraient léchée, les vagues m’auraient bercée, la plume de l’alligator se serait envolée. De l’Italie à la Syrie, de la mer noire à l’Afrique du Nord.

Quid de cette bouillie de songes ?

- Samara, la fille au regard détourné, et ces salopards de nazis.

- Le fracas des engins d’urgence, des hannetons torpillés, la neige confond les âmes et les vils.

- Danji ce matin-là a enfourché son mulet. La pierre est friable dans la vallée Kahéna, pas d’orgueil, pas de rupture, Danji est un garçon persévérant. C’est l’aurore, brume sourde sur l’herbe, menace des ravins et départ pour ce peu, de quoi se frotter à l’universalité.

L’uniforme des nazis refait surface et ils seraient rusés, ils seraient géants, ils seraient forts, les yeux ouverts, la gueule ouverte, l’âme close. Samara lève le bras et elle se protège d’une main pataude. C’est la bataille muette des toujours clandestins. Le matin ils se lancent des poignards, à midi ils baisent à tire-larigot et le soir, que font-ils le soir ? Les nazis ne laissent pas le choix, ils cueillent, ils lapent, impuissante, Samara les cheveux en broussaille, le menton fuyant et l’utérus creusé de cernes inavouables.
 
J’ai oublié mon ombre, les crânes sont bien rangés sur les châssis, les chaussures oubliées sont exposées, même les rognures de crayon s’exhibent. A l’origine, la terre, les stromatolithes vomissent la divinité aux traits pleins, Yiéchia. « Je te chanterai, Yiéchia, je te plumerai, je te laverai, je déposerai toutes les fleurs fanées sur ta couche, Yiéchia. Et alors seulement je te pleurerai. » Nourris ! Nourris ! Dégueulis de molécules d’ananas, de potiron, de grenouille frémissante et de basilic farceur. Et d’autres aussi, funestes qui balaient le ciel de giclures marquises violacées, jusqu’au temps où règne Yiéchia dans les mémoires, dans les songes, dans les terreurs et où germent la silhouette, la peau et le langage.
 
Une crème fouettée mérite bien son nom et nul n’y retrouve à redire.
 
En vrac, défilent sur la banquise, l’océan Arctique et le continent Antarctique, des membres blancs qui défient les lois de la physique, des bosses remplis de graisse et mes chaussures, j’ai perdu mes CHAUSSURES. Allez, on rentre, à la maison, il ne faut toucher à rien, les oiseaux s’abattent sur moi, sur toi, c’est très beau et c’est très irrespirable, où est mon doudou ? Le bébé de Dominique A ou B demande – Pourquoi on s’enfonce dans le plancher de la maison ? – Et en plus les tournesols ne pousseront jamais là. Fumeux, cette vente !
 
L’artiste a dit (elle a un nom rigolo) " La pensée pour moi […] se constitue en même temps qu’elle s’énonce."
 
Parfois elle a raison et tout se télescope, par exemple, la ligne 14 du métro parisien qui relie la gare Saint Lazare et la gare de Lyon, l’italienne qui s’inquiète du retard, la raie du cul qui démange et le petit cheval qui répète - J’m’en bats les couilles. Aux antipodes, Samara dans l’angle gauche du cadre, la tronche de biais couvre sa pudeur. Les goules ébène lèvent le sourcil au-delà de toute vraisemblance et leurs narines exhument la peur du dominant. Moi, assise en tailleur près du parc Solférino, je peux enfin avouer à mon amie arrivée en manteau tibétain émeraude macabre - Père et mère ne parlent plus la même langue.
 
Le radeau est là, l’homme qui n’a pas vieilli est assoupi, l’homme qui ne vieillit pas est déguisé en femme et l’homme qui a toujours été vieux laboure sa guitare. Que tout cela est paisible.

 

Samedi 10 novembre 2007

publié dans : Catherine Robert

Qu’est–ce qu’un corps ?

Céleste va s’en dire

Voix d’archange

Flûtes d’acier

Brumes qui giclent

La fille du Dorset susurre

«  What’s my body ? »

Substance mais quoi ?

Moelle, mucus, glaire et sucs, de quoi suis-je faite ? Ne suis-je faite que pour ?

Et si…je ne l’habite plus

Glaise dissoute à l’eau de pluie

Tombe tombe

Dure neuf mois

Pieds s’enfoncent lombric descend épeire court coccinelle et moi donc !

Samedi 10 novembre 2007

publié dans : Catherine Robert

Qu’est–ce qu’un corps ?

Embrasse la  nuit, les uns au sommeil, les autres au ciel, dans l’antre, qui n’est pas (que) mienne, bougies aux cieux, chouette effraie, grillon, chèvrefeuille poivré même dans l’obscurité.

Le corps c’est ce qui peut être terrassé,

On ne le comprend qu’après.

On vit deux fois

On vit le corps

Le mien le tien

Mais tien, c’est mien

Absorber le corps

Faire que deux, c’est deux.

 Si je dois perdre, dans l’ordre, c’est :

            - mes yeux

            - mes doigts

            - mes oreilles

Pour le reste, faire bouillir de l’eau dans une grande marmite, y plonger un bouquet garni, un oignon piqué de deux clous de girofle, une tête d’ail.

Pleine lune

Rythme des fûts battus par les jeunes pubères oints d’huile épicée.

Sourires carnassiers.

 

BON APPETIT !

Samedi 10 novembre 2007

publié dans : Catherine Robert

Astuce pour continuer ces amuse-gueules : découper des photos dans les journaux, écrire une légende pour chacune d’elles.

  • La bouche, celle de l’enfant qui crie,le torse recouvert d’un dessin crasseux de Harry Potter, à l’arrière-plan des bras levés et menaçants…
  • Le menton, frôlé par le micro, timide la tête penchée et le corps zébré de je ne sais quoi…
  • Le colosse a ceinturé l’homme orange. Ses bras en ont lâché le ballon…
  • Une main veinée les empoigne, quoi ? Les orteils, pathétique junkie…
  • Un petit vieux disparaît sous le kitsch de sa cuisine…

 

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