Samedi 10 novembre 2007

publié dans : Isabelle Vincent

Anus : l’œil à lame convulsive. Un anus artificiel et de la merde en bocal.

Bétancourt (Ingrid) : le corps détourné à Stockholm, le corps ravi et sec d’Ingrid dans la moiteur des bambous.

Cil : je me souviens du couloir de la Cité et des collègues de maman, qu’est-ce-qu’elle-a-de-longs-cils ! Un cil qui tombe. Fais un vœu. Et je triche à chaque fois mais c’est mon cil.

Duvet (sur la lèvre supérieure) : elle voulait que je l’épile à la cire, du duvet c’est pas joli. « Tu viens de sucer des pipes à tout un régiment ? », il lui a dit quand elle est sortie.

Erythème fessier : à cause des culottes en lycra. Il faut préférer le coton, les tissus naturels. Je n’oublie jamais ce que j’ai derrière.

Goître : celui du garde-champêtre. Damville. 1966. les graviers de la sonnerie aux morts et nos socquettes blanches près du glaviot.

Humérus : je me vois demandant un humérus à mon boucher, rayon porc, à Intermarché.

Iliaque : os iliaque, nom d’une île, aux flancs secs, qui dort dans mon lit.

Jodhpur : elle n’avait pas besoin de l’enlever.

Kératine : scléroprotéine fibreuse, riche en cystine, présente dans les phanères de l’homme et utile à l’agression défensive.

Larmes : l’eau de l’homme et de la femme, le lac salé où l’on s’enfonce, toi et moi, à quatre heures du matin.

Maxillaire : on retrouvera mes dents en moins. 2 molaires. 1 canine. 1 incisive. Et peut-être que quelqu’un dira : « Quand je pense à Mme V, je pense coloration tabagique. »

Nichons : j’aurais aimé avoir de gros nichons, juste le temps de frimer avec et de t’en mettre plein la vue.

Œil : l’œil de Caïn, l’œil de Bataille, l’œil bandé à cause de ce mec et de son lance-pierre, près du radiateur, dans les toilettes des filles, par orgueil.
Périné : le truc qu’on contrôle pas. Contractez. Détendez. L’euphémisme pour ne pas jouir, là, sous son nez. A cause du truc froid qu’il faut serrer. « Je vous laisse », dit-elle en fermant la porte.

Queue : le tug, étendard turco-mongol, était orné de plusieurs queues de buffle ou de yak. La queue concentre toute la puissance guerrière. Comment il s’appelle déjà cet arbre qui reteint la brume ?

Reins : point névralgique. Un rein vaut mieux que deux tu l’auras. Symbolique des anges, les reins sont l’emblème de la puissante fécondité des célestes intelligences. Siège des désirs secrets, je m’assois sur toi, je t’écrase les reins. C’est ma force de résistance qui est altérée. Il faut que je boive, il faut que je boive, il faut que je boive.

Sang : ce goût de fer, cette odeur de plaie macérée, un peu vieille, ce truc qu’on a du mal à arrêter, le sang du Christ, par exemple.

Tétanisé : on parlera ici d’acte d’amour, de branlement tétanisé, ne menant jamais à l’extase, juste un petit cran en dessous.

Utérus : il a sorti l’utérus de la vache et l’a posé là sur la table. Et puis il l’a entrepris, il l’a fouaillé. C’était professionnel. Très efficace.

Valvule : petite valve détenant le pouvoir absolu.

Walé : jeu africain qui consiste à faire passer des pions d’un trou à l’autre. Elle lui avait proposé un walé au Murphy’s. « Un walé ? », il a dit. « Un walé. », elle a répondu.

X : film à une ou plusieurs inconnues qui se résume souvent à une équation de principe.

Yin et yang : l’assemblage parfait. Rare. Mais parfait. Est-ce ainsi que se fondent les énergies ? Le grand serpent enserre le monde et nous, on se mélange.

Zizi : la cabane en herbe devait servir à ça. On se le montre. On est curieux. Ça sent la javelle et l’origine du monde façon Courbet.
Samedi 10 novembre 2007

publié dans : Isabelle Vincent

Nous nous étions croisés sur le pont d’Apollinaire. Elle allait quelque part et moi aussi. L’égarement nous avait mené là. Nous nous étions perdus.
Elle portait cette cape noire. Elle était en chaussettes. J’avais ôté mes chaussures, je ne sais trop pourquoi, sans doute pour ne pas l’effrayer.
Elle s’appelait Marie. Elle avait voulu sauter, je crois. Et je l’avais retenue, retenant du même coup mon souffle, ma vie.
Je l’aidai à redescendre, la maintenant fermement contre moi. Elle avait un regard étrange. Mon corps, malgré l’épaisseur des étoffes, avait ressenti la chaleur et l’élasticité de ses seins, la résistance de son ventre, la blancheur de sa peau.

Et Marie, dans un cri étouffé, se précipita dans mes bras et se mit à trembler de tous ses membres.
Nous fîmes quelques pas, hagards, les vêtements mouillés, avec […] nos chaussettes en laine blanche assorties, et nous trouvâmes refuge dans un renfoncement du pont, une sorte de niche arrondie qui menait à un escalier de secours métallique très abrupt qui descendait vers les voies ferrées. Marie pleurait. Elle pleurait contre moi, elle était secouée de sanglots, elle se blottissait de toutes ses forces dans mes bras, les membres tremblants, mouillée de larmes et de neige. La peur extrême qu’elle avait ressentie, la fatigue, l ‘épuisement, l’exacerbation de tous ses sens depuis le début de la nuit se traduisit alors par un besoin irrépressible de réconfort, une brûlante envie d’union des corps et d’abandon.
                                              J.P. Toussaint Faire l'amour

Je l’entraînai avec moi. La structure d’acier tanguait. Un train hurla, au loin . Son cri, amorti par la tempête, me sembla pathétique. Nous entamâmes la descente, moi d’abord, puis Marie. Elle se tenait à la poutrelle, progressant avec prudence. Ses chevilles avaient la couleur du lait et des flocons s’accrochaient à sa cape qui tourbillonnait et qui claquait. L’échelle était inégale et le pied de Marie dérapa puis tâtonna un instant dans le vide avant d’assurer sa prise à nouveau. Je frissonnai d’extase. Elle était nue sous sa cape et je bandais tellement fort que j’en oubliai la douleur. J’étais vivant. Le vent nous cinglait les oreilles. Je pouvais bien vivre encore.
Nous atteignîmes le dernier échelon. Je pris Marie par la taille, la pressant contre moi. Elle ressemblait à une toile de Turner.
La neige tombait sans discontinuer et bientôt elle recouvrit la rive et la surface de l’eau et le corps de Marie. Ma main remonta le long de ses cuisses.  L’étoffe craqua comme un biscuit sec . Je la soulevai. Ses pieds étaient glacés. Nous nous enfonçâmes de quelques centimètres dans une croûte de givre, un peu déséquilibrés. Les lèvres de Marie saignaient. Ou bien était-ce le tag rouge à la bombe sur la voûte. Son corps brûlait. Marie brûlait. Et ma bouche, éclairée, glorieuse, la nourrissait.
Nous chavirâmes dans la neige. Sa peau devint pastel et je la pénétrai.
Samedi 10 novembre 2007

publié dans : Isabelle Vincent
La fille du Dorset susurre : « What’s my body ».
Kiki : la chatte de la voisine. Celle que l’on partage entre voisins. La chatte, c’est bon pour les nerfs. Elle va déposer un baiser dans la chaleur de son cou et ça ne s’arrêtera pas là. Elle descendra plus bas, d’un air rêveur.
Il faudrait pouvoir l’abandonner ce corps. Temporairement. En faire dépôt. Bourse d’échanges. Il s’était secoué le gland d’une façon si familière dans ce lit de marne et de bruyère. Il s’était acharné deux minutes. La dernière goutte est importante. Puis il avait détourné le regard. Elle l’avait mis au clou. Son corps. Dans un coffre. Se demandant à combien on l’évaluerait sur le marché. Les petits os surnuméraires, parfois présents entre les os du crâne, cette plante du milieu aquatique, occures, élastique comme un muscle. Un jour, il l’a touchée et cela lui a été désagréable.
Un jour, un jour la fille du Dorset avait retiré sa culotte. Sous le sillon parfait et doux de la mirette, le ventre mou, le ventre qu’on n’accompagne pas, qu’on ne replie pas. Quand ils faisaient l’amour, elle les observait. Moelle, mucus, glaire et sucs. Elle décida de reprendre le sport dès le lendemain. Elle décida de l’attendre sous la pluie.
Xanthome : tâche ou nodosité cutanée jaunâtre. Il n’y a plus assez de doigts pour compter - mon corps là et là
- je suis à court. Plaies. Cicatrices. Traces de vieille brûlure. Des plaids détrempés sur des formes pleines.
Et finalement, ce corps, il reste bien en bouche, la contraignant ainsi au mouvement perpétuel.

Samedi 2 juin 2007

publié dans : Isabelle Vincent
Les pommes d’amour sont restées collées dans le fond de la poche. La poche de la blouse. Le sucre a traversé. Une rouge et une bleue, pour changer. Achetées au Bon Marché, place de l’Eglise. C’est la rentrée.
Elle ne voulait pas de rainures. J’ai acheté un bandeau blanc. La petite n’a rien réclamé, elle ne supporte pas d’avoir quelque chose sur les oreilles.
J’ai rempoté le géranium mais ça ne sert à rien. Il dépérit et moi, avec.
Pourtant, ils avaient annoncé du mieux. L’autre, comment il s’appelle déjà, qui présente la météo. Et puis tout le monde le dit dans le village. Septembre va être chaud. Un été indien.
Ils veulent nous faire croire à des choses et la plupart du temps, ils y parviennent.
Elles ont aimé ça, mes filles. J’ai pris la photo. La cadette avait les yeux gonflés. Après elles ont été plier les blouses dans l’armoire. Jusqu’à lundi.
La lumière de septembre. Mes yeux aussi ont l’air d’avoir pleuré. Une lumière inhabituelle. Ce matin, même le bandeau dans les cheveux de la grande paraît trop blanc. Les cols Claudine que j’ai mis des heures à empeser pour finalement les ramollir parce que ça gratte le cou.
C’est ma cadette. Elle a du mal avec sa peau. Sa peau et les matières.
Je ne sens presque plus ma main. Un peu comme l’autre jour. J’ai cru qu’elle se détachait. Elle se détachait de moi.
Je m’accoutume. Il faut bien.
La petite a pleurniché et son père a dit que j’étais une mauvaise mère. Enfin, il ne l’a pas dit mais c’était tout comme. J’ai relavé la blouse à cause du sucre et du colorant.
La grande voulait des chaussettes foncées et la petite, des rouges pour aller avec la blouse.
Elles ont préparé leur cartable. Jusqu’à lundi.
J’ai cherché du détachant mais je n’en ai pas trouvé.
Mon ulcère est revenu. C’est la troisième fois cette semaine.
Samedi 2 juin 2007

publié dans : Isabelle Vincent
Mon corpus immédiat.
Les mots qui font bombe, intrusion, pénétration, démenstruation.
Et l’intérieur est déchiqueté.
Immédiateté du corps, plaquage sur plaquage.
Dire que tu peux crever quand tu es déjà mort.
Quand la surface glisse sur la face
Au point qu’elle se détache
Que les harmoniques deviennent
Célestes
Derrière les bruissements
Intempestifs
De l’organe.
C’est désarticulée que je reçois.
Ta parole comme un gaz
Qu’il faut que j’extirpe
Que je mette à distance
Ce délétère tranchant
Où mes bras sont posés
Après avoir battu.
Et mes jambes à côté
Et mon tronc ailleurs.
Litanie, litanie
Qui passe par la bouche
Tirée de cruauté.
Et mon oreille, là
Qui sasse
Et qui sasse.
Qui tisse des linges épais
Où l’on n’entend plus rien
Que ça.
Réseau d’aiguilles,
Cocon calcique
Va baiser la chair fraîche
qui remue
Quand chez toi
C’est le monstre.
Et la tête
Comme un pique
Te regarde
faire le compte.
Trois doigts,
Deux orteils,
Une pince monseigneur
Et un œil comme un peigne.
Mon corpus immédiat : curatelle.
Il me mettrait aux fers,
M’attacherait à la selle.
Arrêt du cours de la matière -
Bandage occlusif
Sous les débords -
Mon âme néphélion
Traînée jusqu’au quasar
Eteint.
Un à un,
Mon corps, là et là.
Sous la curette
Obscène.
Des mots qui font scansion, torsion, innervation.
Occures
Dans le bas,
Et la tête
Et les jambes
Chaînon manquant
Qu’il tirerait encore
-         Aux électrochocs.
L’interface est dolore.
Câbles cyanosés,
Tuteurs violents
De la posture mentale
Dressés pour
Le corps.
Pour le tenir.
Pour le relier.
Le Stream tend sa herse.
Sépare, sépare.
Et Claire,
Claire que l’on voulait immuable…
et qu’il mettrait aux nerfs
et qu’il mettrait sous verre.
Mon corps est verges.
Mon corps est sans tenue.
Mon corps est quérant.
Sépare, sépare.
Les lanières, les excréments,
La matière morte.
Mon corps est délogement
Mon corps est pierre.
Mon corps est sanglant.
Sépare, coupe, ulcère
Ce fond qui meurt
Et le front qui survit.
L’imposture
Qu’elle te fait.
Et ces crocs
Et ces plis.
Sépare Claire,
Tersée, essartée,
retournée.
Dans ce champ de mines
Les eaux fortes du Stream
Et les sorts
Comme des
Croix rouillées,
enfoncées
Dans les yeux
Dont les bords ont brûlé.
 
 

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