Florence Denat

Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 14:18

Publié dans : Florence Denat

Rouge incandescent

Quatre giclées de bière

La buée de « five years »

 

Sous le néon

La vapeur de sa gitane

Un halo – Drunk Tank –

 

Etouffer – de loin-

Dans une contre-escarpe

Pour une autre histoire

Explorer une baise

A la 32è minute

- subjectif 21-

 

Une petite névrose

1977 – 1984

Les écorcher – Toutes –

 

Pourquoi Pourquoi Pour ?

- Closer – Pour une DIVISION -

Pour être tout Contre

 

En contrepoint

Lipsticks et lèvres mouillées

Une amorce blanche

 

Un instantané

Blanche la peau dans l’hacienda

- loin de Manille-

 

Génération X

Pas tomber dans la gorge

- une autre profondeur -

 

Un – Deux – Quai Ouest –

Une ligne de démarcation

L’est où la gare ?

 

La bière, la bière

des garçons bouchers

Fallait pas me la faire

 


Samedi 11 octobre 2008 6 11 /10 /Oct /2008 15:23

Publié dans : Florence Denat

Le matin où j’ai reçu la lettre de Louise Morris m’annonçant son arrivée en ville, j’étais assis dans mon lit, plongé dans la lecture des Hauts de Hurlevent. J’essayais de trouver un commentaire profond que je pourrais resservir cette semaine-là aux élèves de mon cours d’adultes. Il était un peu plus de dix heures et déjà la chaleur montait, en même temps qu’une humidité inconfortable. L’été avait été un bain de vapeur, chaque journée se révélant plus intolérablement léthargique que la précédente, mais on venait de dépasser la mi-août et je m’étais habitué au temps. J’aimais croire qu’en y résistant stoïquement, mon caractère allait s’endurcir, vertu que je ne pouvais me permettre de négliger, quel que fut le prix à payer. J’avais fêté mes trente-cinq ans au printemps et pensais que cette histoire de caractère, c’était pour tout de suite ou jamais.

 J’essaie de retenir mes larmes, elles coulent de plus en plus fort, je les essuie avec mon mouchoir, je me mouche… « ne t’en fais pas… ce mot qu’elle employait toujours quand elle me voyait… ne t’en fais pas, ça n’en vaut pas la peine, je t’assure. » Mais elle ne sait pas ce qu’il y a dans cette lettre… Ce nom…Mes larmes, celles d’autrefois, taries depuis près de deux ans… ces larmes reviennent plus âcres encore, plus rongeantes.

 Pendant des mois, je fus muet. Mes petites affaires, je les gardais pour moi, derrière le front. Mais elle, cette méprisable ordure, pour bien s’assurer qu’elle m’avait achevé, elle a guetté ma respiration, surveillé mes dernières palpitations. Je sais qu’elle est clairement folle. De naissance. Dan le sang. Elle n’était pas malade de sa folie, elle la vivait comme la santé. Elle est à enfermer, à battre, à tuer. Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. Revenir et la rejoindre ? Non. Est-ce que ce sont les larmes qui privent de la personne ? Elle me baise dans tous mes rêves. Elle fait effraction dans mes nuits. Elle est ma nuit, des morceaux épars de moi. Une lumière bleue tombe du ciel maintenant. Je n’y tiens plus, je saute hors de mon lit.

 Il est à peine possible de décrire avec des mots ce qui arriva par la suite.

 Je voulais sauver la passion plus vite, je n’ai pas tué l’être humain, mais un principe. Tout est là, il suffit d’oser, secouer l’édifice dans ses fondements et tout détruire, envoyer tout au diable… alors, moi, moi j’ai voulu oser et j’ai tué. Je n’ai agi qu’après mûres réflexions et c’est ce qui m’a perdu. J’ai voulu tuer Louise, sans casuistique, j’ai tué pour moi-même, pour moi seul, il me fallait savoir au plus tôt si je pouvais franchir l’obstacle. C’est moi que j’ai assassiné, moi et pas elle, moi-même. Elle n’arrêtait pas de parler de dieux sombres, de trips obscurs, d’endroits où elle pourrait m’emmener et … Je ne … je veux dire, qu’est-ce qui peut pousser un homme ayant rencontré la plus… C’est la part d’ombre en nous, vous voyez ? L’occasion de disparaître un moment dans des coins vraiment pourris.

La dernière fois que j’ai vu Louise, on avait baisé toute la nuit avec Karen. Comme des bêtes. Et c’était bon. Elle était déchaînée. Sans inhibitions. Louise m’a dit : « Et après ? » elle a laissé son regard dériver de nouveau, pris une profonde inspiration et relâché doucement son souffle.

Après, elle m’a dit : « Tu vois ? »

- « C’est tout ? », j’ai fait.

- Non. « Tu vois ? Personne n’aime personne. »

 Nous sommes restés encore un moment près de cette table de pique-nique, silencieux tous les deux. Des cigales stridulaient en haut des arbres rachitiques et des ratons laveurs remuaient dans les ronces de l’autre côté de la clairière.

 

Cut-up :

L’ensorcelée, Jules Barbey D’aurevilly

Mon nom est rouge, Orhan Pamuk

La belle lurette, Henri Calet

Et qui va promener le chien ? Stephen McCauley

Prières pour la pluie, Dennis Lehane

Dix heures et demie du soir en été, Le vice consul, L’amant, Marguerite Duras

Enfance, Nathalie Sarraute

Crime et châtiment, Dostoïevski

Démons et merveilles, Lovecraft

 

Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 14:58

Publié dans : Florence Denat

Ce matin, je me suis levée tard, vers 12h30. Des fils vaporeux tramaient quelques nimbes cotonneux au-dessus du vert sombre de mon lit encore imprégné d’obscurité nocturne.

Je n’ai pas voulu que la lumière vienne du haut. Mon mal vient de plus loin.

Je n’ai voulu que ces bruits familiers dans la maison au rez-de-chaussée, ces bruits qui font silence. J’ai préféré la clarté basse du lampadaire. Ma solitude est devenue adulte, mes sentiments pervers, ma langue naturellement fourchue. Je n’invente rien. Une autre vit. Comme moi.

J'entendis passer un bonjour et je lui renvoyai dans un filet de voix inaudible, filet de voix que je réserve aux personnes qui m'ennuient gravement.

(Je me souviens de sa première question - Qui êtes-vous ?- mais pas de ma réponse)

Là, maintenant, tout de suite, un peu pompeuse, un peu snob, un peu moi, un peu autre, je dirai « Quelque chose entre quelqu'un et quelqu'un d'autre, un espace sans vaisseau. »

La goutte a coulé sur moi toute la soirée, puis toute la nuit, oui- c’est ça que je voulais vous dire- Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue.Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler Je sentis tout mon corps et transir et brûler .

Depuis, les bruits se sont étouffés en moi, j’ai déserté.

J’inscris le mot « retour. » Plutôt, je le prononce. Mémoire statique ; elle aura opéré sa sélection une fois pour toutes.

C’est ma vie, ce tissu de mots semblable à une éponge. Je parle. Donc je suis. Il vous a bien fallu viser la bouche. Mes silences vous ont paru éloquents. Je ne vous ai rien dit.

J’ai surtout aimé le baiser final sur un plan magnifique où la perspective laissait présager d’un avenir radieux. Voilà une première chose que je voulais vous dire. Je l'évitais partout.

 On a l’impression de croiser quelqu’un, jamais on ne sent qu’on le rencontre. L’amour est liquide. L’eau passe et nous passons…Les roulements, les sifflements, le vacarme des bourrasques, et puis, voilà.

 Après un passage par la case W-C et une relecture encore une fois les yeux fermés ou plutôt sans lire d'un magazine de cinéma sans opinion baignant dans cette antichambre nutritionnelle depuis deux mois ou plus, je suis redevenue jeune ce matin.

 Il y a des matins où l'avertissement nous parvient, où dès l'éveil résonne pour nous, à travers une flânerie désœuvrée qui se prolonge, une note plus grave, comme on s'attarde, le cœur brouillé, à manier un à un les objets familiers de notre vie. Puis, des rafales de vent, peut-être. Les bourdonnements parasitaires, des grondements peut-être. On ne comprend pas alors, on dit « mettre des mots sur », et le bruit dans ma tête, et le silence, et ? Voilà une race de bruits que je ne connaissais pas encore. C'est là. Ça n'a pas d'images. C'est un souffle dans les heures, un instant comme arrêté, on ne sait pas, presque rien. Un vide sous les visages,
sous les gestes quelque chose qui vacille: ombre ou mémoire. Un silence qu'on écoute avec toujours ce qui parle sans un mot, ce qui se tait. Quelque chose comme une alerte lointaine se glisse jusqu'à nous dans ce vide clair du matin plus rempli de présages que les songes; c'est peut-être le bruit d'un pas isolé sur le pavé des rues, ou le premier cri d'un oiseau parvenu faiblement à travers le dernier sommeil; mais ce bruit de pas éveille dans l'âme une résonance de cathédrale vide, ce cri passe comme sur les espaces du large, et l'oreille se tend dans le silence sur un vide en nous qui soudain n'a pas plus d'écho que la mer.

 La fin, on aurait pu la réécrire :

 « Ils fumèrent un moment en silence. Il faisait bon »

 Eux :

 « Ils parlèrent jusqu’au petit matin, quand l’aube grise pâlit les hautes fenêtres, sans penser à partir. »

 Lui :

 « Et puis il se retourna vers elle. Il tournait sur lui-même, tournait avec une lenteur de rêve, tournait et tournait encore, émerveillé par les impossibles changements qu’il sentait remuer en lui. »

  Elle:

« J’entends ta voix dans tous les bruits du monde ».

 

 

D’après :

 
La narration vous change la vie, Alain HELISSEN

Un paquebot magnifique,Joël ROUSSIEZ

 Phèdre, RACINE

 De mon étrangeté, ma raison d’être, Nacer KHELOUZ –

 Le Rivage des Syrtes/ Un balcon en forêt/Julien GRACQ

 Neuf histoires et un poème, Raymond CARVER

Jacques ANCET

Paul ELUARD

 

Mercredi 10 septembre 2008 3 10 /09 /Sep /2008 14:59

Publié dans : Florence Denat
Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 15:12

Publié dans : Florence Denat

Nous tournions

 J’avais brisé la glace, arraché la feuille d’Acanthe, creusé son tombeau pour la rejoindre

 Nous tournions

 Elle, susurrant, par ses cheveux, me semblait-il, « Mat, Mat, Mat » ; j’érigeais mon 22 contre sa vulve opalescente

 Nous tournions, éblouis, acculés par le cercle ; son souffle ravi, ravivé par l’électrochoc particulaire, nous tournions, ses cheveux poussaient, mes mains s’agitaient ; échec et mat, un zéro que j’étais, mon 22 contre sa vulve, toujours plus loin, nous tournions, le cercle, la spirale, le cercle, la spirale, toujours plus près du slash, toujours plus loin de ce que nous avions perdu ; elle, ne parlant plus que par ses cheveux, par les microcosmes de sa peau éteinte, je l’entraînais, m’agrippais à ses cheveux, à sa lumière déclinante, aux faisceaux perdus de ce que nous avions été ; le fou m’avait dit, « on ne s’embarque pas dans le cercle sans son 22 », que dalle, mon mat = mon 22 = la toucher, la raviver, l’encastrer, la sortir de sous terre, rejoindre le cercle, quitter la spirale, partir ; oui, merde, partir.

 Voilà, ce que j’avais pensé ; lui, me disait « Pauvre fou, pauvre Mat, pauvre con » derrière ses lèvres sans dents ; oui, pauvre con, c’est que j’aurai pu penser en cet instant si j’avais pu penser, embarqué dans ce trou, accroché à elle, emmené dans le faisceau du cercle, toujours plus profond, toujours plus loin.

 Elle m’avait dit, « ne me suis pas, je ne serai plus là pour toi, tu le croiras, mais ce ne sera plus toi et moi, je ne veux pas que tu me rallumes, faudra me laisser partir, le cercle t’entraînera, on sera perdu. Errer, c’est pas pour nous. »

 Je voudrai me souvenir, pourtant, de ses pieds dans l’eau, la première fois que nous nous sommes rencontrés. J’avais vu cette fille de dos qui trempait ses orteils comme s’il avait froid ou quelque chose comme ça, alors qu’on vivait comme des vampires, fuyant la lumière, le soleil, le blanc du jour. La canicule avait rongé toute chance de trouver un peu de fraîcheur, jusqu’à son souvenir même ; alors, ça m’avait fait drôle cette fille qui trempait ses pieds en fin de journée, dans une eau à quarante degrés comme si elle risquait une électrocution ou quelque chose dans le genre. Je m’étais assis sur le parapet et j’avais attendu. De toute manière, j’avais rien à faire. Personne ne faisait plus rien. La ville s’était éteinte peu à peu. J’ai imaginé tous les visages derrière ces cheveux qui cachaient tout, j’ai vu des formes, des yeux et, vraiment, je n’en revenais pas qu’elle mette dix ans à entrer dans cette eau. Quand elle s’est enfin retournée, j’avais l’impression d’être la belle au bois dormant et d’avoir attendu cent ans. Elle m’a déçue pendant au moins dix, vingt, trente secondes, peut-être, c’était pas ce nez, c’était pas non plus cette bouche et encore moins ce visage que j’attendais ; quelque chose de fuyant, des traits lisses que je trouvai quelconques, une peau blanche qui ne me touchait pas.

 Et puis elle a rigolé.

 Elle m’a regardé et elle a ricané. Voilà, c’est comme ça que je suis devenu un 22 comme dirait le fou. Et à partir de ce moment là, c’est comme si j’avais plus rien regretté. La canicule, ça a été mon plus bel été. J’ai eu chaud, j’ai eu froid et je suis tombé amoureux.

 On meurt vite maintenant ici mais j’ai jamais cru que ça pouvait être pour elle. Mise à part sa pâleur maladive, elle avait une santé du tonnerre, j’ai jamais aussi peu dormi qu’en vivant avec elle. Elle était gaie, elle était triste, un vrai accordéon ; mais j’aimais tout d’elle. Alors quand ils l’ont isolée et que je n’ai plus pu l’approcher qu’à travers la vitre de la chambre stérile, ma vie est devenue pénible. Puis insupportable. Quand elle est partie, j’ai pensé –c’est pas elle, c’est son clone, elle reviendra ; y’a erreur, y’a forcément erreur- Je n’avais pas vraiment pu lui dire au revoir, interdiction formelle du ministère de la santé d’approcher les corps malades des hépatiques B+. Je me souviens de mes doigts contre la vitre, de son corps blanc sous le drap, de ses yeux fermés, de ses cheveux bruns, lissés le long de son buste, de cette douleur insupportable devant ce corps que j’aimais et qui ne bougeais plus. J’aurai voulu tendre mes lèvres contre son visage, lui parler, la toucher ; j’aurai voulu poser près d’elle la statuette pourrie qu’on avait faite ensemble et qu’on adorait pourtant. J’aurai voulu.

 Que ce ne soit pas vrai.

 Depuis le décret 3222, les autorités jetaient dans la spirale les corps morts des hépatiques et sidéens. On avait cependant droit auparavant à une sympathique cérémonie funéraire de trois minutes vingt deux secondes. Fallait être organisé, rapide, « opérationnel », parce que, voyez-vous faut pas laisser le temps aux effluves de remonter et nous « contaminer ».  Et puis, ça n’empêchait pas les employés des pompes funèbres de faire des heures supp et d’augmenter ainsi leur pouvoir d’achat. Enfin, en tout cas, c’est ce qu’ils disaient dans les spots pro gouvernementaux que les écrans de la ville nous déversaient à longueur de journée. Faut pas être faignant. Faut pas pleurer. Un mort, c’est mort. Faut pas se laisser contaminer. Le risque zéro, voilà un truc super bandant. La spirale accueille tous les reclus, tous les virus, elle s’ouvre et te happe. Une vulve format XXXL. Voilà comment je me suis embarqué dans ce bordel. Bizarrement, je l’ai trouvée très vite. Faut dire que le fou m’avait équipé mieux qu’un voyage interstellaire. Faut dire aussi que j’étais sacrément motivé. On avait une chance sur mille de s’en sortir mais la retrouver, la toucher enfin, c’était tout ce que je désirais.

 Elle avait l’air de dormir, « un ange », j’ai pensé. Pour un peu, je l’aurai entendue gloussée, « jamais à court de clichés le Mat ». Depuis que j’étais devenu un 22, quelque part, mes couilles s’étaient un peu émoussées.

 Le seul truc qui avait vraiment changé, c’était ses cheveux ; ils avaient tellement poussés que j’aurai pu marcher dessus. Je veux dire, s’il avait été possible de marcher dans le cercle. Je l’ai ranimée. Je savais bien que ce n’était pas vraiment elle, je savais bien que ce n’était pas ce qu’elle aurait désiré. Mais voilà, je préfère une réplique à rien. Les pores de sa peau, tellement serrés, tellement serrés, on aurait dit une statue du musée Grévin. Elle sourit, elle dit –Mat-, elle dit –emmène moi- mais c’est le cercle qui nous entraîne dans sa spirale. Sa vulve brille, je n’ai que mon 22 pour la retenir. Ça tourne, ça vrille. Toi, toi, toi ; je m’agrippe à ses cheveux, elle me retient ; je suis le bateau, elle est la voile. On pourrait être au bord de l’eau et se baigner mais c’est le cercle qui nous projette.

Au bord, tout au bord.

 De ce que nous étions.

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