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Nue, abandonnée sous les tamaris, effrayée.
Voix off : Ceci est mon testament
Ni papiers, ni bibelots, ni bijoux de famille. Un patrimoine poussiéreux, une énumération laconique, une litanie ennuyeuse. Dans la tête et pourquoi pas dans l'âme, toute rentrée l'âme, frigorifiée sous les plumetis verts et desséchés. Nue et allongée, de la race des déchiffreuses de sons audibles et appropriés. La voix de Pépère, jadis, admonestant au sortir de la sieste "M'a encore cassé du sucre sur le dos, la p'tiote, facile quand j'suis endormi !" Ne le dira plus, ne se réveillera plus, d'où le testament. Pas parti seul, le Pépère, il a fallu que ce jour-là, Léone prenne la voiture, à son âge ce n'était pas prudent. Elle n'allait pas franchir le mur du son mais là où elle les a amenés, ce n'était pas mieux.
Voix off : Ceci est mon testament
Camille n'y a pas cru. Pépère et Léone ensemble, d'un coup d'un seul, une résonance pour l'éternité. Dans le cœur, les coronaires se sont figées, l'hémoglobine a grisé, le flux s'est tari. Une tentation, de partir, elle aussi. Effrayée par les ramures et leurs effleurements, elle se rejoue dans la chambre sourde le bruit de toute leur vie. Le cliquetis de la chaîne de vélo que Léone enfourchait quotidiennement, traçant le long des haies de chèvrefeuille bourdonnantes, houspillant ici et là les gamins farceurs. L'apostrophe du vieil homme sur un banc du village, sous le marronnier jaunissant, esquivant la chute des bogues dégueulant leurs lourdes graines tandis que les autres souriaient.
Voix off : Ceci est mon testament
Camille peut bien s'isoler sur la plage, se perdre dans l'écume, les voix sont toujours là. Pépère "Le hérisson, f'rait mieux d' bouffer mes limaces que d' pavaner, grassouillet va !" Léone qui ne refusait pas la vodka que son neveu lui ramenait de voyage, et dont elle lapait prestement jusqu'à la dernière goutte, avant de s'hébéter sur la chaise en émettant un léger ronflement qui enflait.
De la grève, Camille s'absente dans la vue floue du chalutier dont l'accélération n'émet aucun bruit, trop éloigné du rivage. Le fantôme des disparus perdure, intolérable, sans freiner la cacophonie qui l'assiège. Nue, abandonnée sous les tamaris et moins effrayée, elle ouvre la bouche, elle exhale un cri rauque qu'elle module avec jouissance. On lui a dit que le poisson-crapaud émettait des vocalises. Pourquoi pas elle ?